La réunion du conseil municipal de Touba tenue ce 30 mars 2026 suscite de vives interrogations sur la qualité de la gouvernance locale. Selon plusieurs témoignages concordants, la séance s’est déroulée dans une atmosphère peu propice au débat démocratique, marquée par des restrictions dans la prise de parole de certains conseillers.
Un fonctionnement du conseil remis en question
Comme lors de précédentes sessions, la réunion aurait été conduite sans véritables échanges contradictoires. Des conseillers municipaux souhaitant intervenir auraient été empêchés de s’exprimer librement, dans un contexte où les soutiens du maire dominaient les discussions. Cette situation relance le débat sur le respect des principes de transparence et de participation dans la gestion des collectivités territoriales.
Controverse autour de la maîtrise des données budgétaires
L’un des moments marquants de la séance a été l’intervention d’un adjoint au maire, Serigne Bamba Fall, qui a tenté d’apporter des éclaircissements sur la notion d’« autorisation spéciale de recettes et de dépenses ». Cette disposition budgétaire permet d’intégrer des ressources supplémentaires en cours d’exercice, modifiant ainsi le budget initial.
D’après les explications avancées, le budget primitif voté en décembre 2025 s’élevait à 8 976 766 251 FCFA. L’ajout d’une autorisation spéciale de 5 658 925 656 FCFA porterait donc le budget global à 14 635 691 907 FCFA. Une lecture contestée par le maire, dont les explications jugées confuses n’ont pas convaincu une partie de l’assistance.
Cette séquence a mis en lumière des divergences d’interprétation sur les mécanismes budgétaires, soulevant des préoccupations sur la maîtrise des outils de gestion financière au sein de l’exécutif municipal.
Transparence et accès à l’information en débat
Autre fait notable : la tentative d’interruption de la retransmission en direct de la séance par une radio locale ( Ucab fm 103.5) , à la demande du sous-préfet. Une décision qui interroge sur le droit des citoyens à accéder à une information publique transparente et en temps réel, notamment sur des questions aussi sensibles que la gestion des finances locales.
Déguerpissement du marché Ocass : l’absence de mesures d’accompagnement dénoncée
En parallèle, la réunion du conseil municipal s’est tenue dans un contexte social tendu, à la veille des opérations de déguerpissement du marché Ocass intervenues le 31 mars 2026. Ces opérations ont impacté de nombreux commerçants, notamment des jeunes et des femmes.
Un budget additionnel sans réponse sociale ciblée
Le conseil était appelé à statuer sur la répartition d’une enveloppe de plus de 5 milliards FCFA, issue de l’excédent de gestion 2025. Toutefois, aucune mesure spécifique d’accompagnement des personnes déguerpies n’aurait été intégrée dans les décisions budgétaires.
Pourtant, certaines lignes budgétaires auraient pu permettre des actions concrètes. À titre d’exemple :
- Le poste « participations diverses », initialement doté de 100 millions FCFA, a été augmenté de 750 millions FCFA, atteignant un total de 850 millions FCFA. Une rubrique flexible pouvant financer divers programmes, notamment en faveur des jeunes et des femmes.
- Une allocation de 200 millions FCFA placée dans une institution de microfinance aurait pu servir de levier pour soutenir des projets générateurs de revenus.
- Le renforcement du crédit dédié au personnel temporaire, à hauteur de 499 millions FCFA, aurait pu offrir des opportunités d’emploi temporaire aux personnes affectées.
Ces pistes illustrent, selon certains observateurs, la possibilité d’intégrer des réponses sociales dans la planification budgétaire, en particulier dans un contexte de restructuration urbaine.
Des choix budgétaires questionnés
Par ailleurs, une enveloppe de 40 millions FCFA destinée à la formation suscite des interrogations. Certains s’interrogent sur la pertinence de cette dépense à ce stade du mandat, au regard des urgences sociales et économiques.
Enjeux de gouvernance et attentes citoyennes
Au-delà des chiffres, ces événements mettent en évidence des enjeux majeurs : qualité du débat démocratique, transparence de la gestion publique, et prise en compte des préoccupations sociales dans les politiques locales.
Dans une ville comme Touba, deuxième pôle urbain du Sénégal, les attentes des populations en matière de gouvernance sont particulièrement élevées. La gestion des ressources publiques et la capacité des élus à répondre aux défis sociaux restent au cœur des préoccupations citoyennes.


































